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Cherbourg

Notes

Frédéric O. Sillig



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En juin 1967, de manière prémonitoire, le général de Gaulle frappe Israël, d'un embargo sur les ventes d'armes, une semaine avant le déclenchement de la guerre des Six jours, alors que cinq vedettes légères sont encore en passe d'être livrées par la France à la marine israélienne. Ces dernières dépourvues d'armement échappent à cet embargo, mais jusqu'à son élargissement qui fait suite au sinistre raid israélien sur l'aéroport de Beyrouth le 28 décembre 1968. Une société norvégienne se déclare alors acheteuse des vedettes au « format idéal » pour des prospections pétrolières en mer du Nord. Un achat providentiel qui devrait permettre au chantier naval constructeur d'éviter la banqueroute, attendu que le solde du contrat avec Israël n'a pas encore été réglé. Les formalités d'exportation sont alors diligentées et disposent rapidement de toutes les autorisations nécessaires.
Machination !
La société acheteuse est en réalité fictive ; pur produit d'une manipulation du Mossad. Un commando israélien sous la direction de l'amiral Mordechai Limon01, connu sous le nom de « Mokka », est chargé d'exfiltrer les cinq vedettes amarrées au quai de Normandie dans le port de commerce de Cherbourg pour les conduire à Haïfa. Cette opération se déroule avec succès dans la nuit de Noël196902.
On ne saura jamais si ce scénario a bénéficié de complicités françaises en haut lieu dans le dessein de sauver de la faillite le chantier naval CMN dirigé par Félix Amiot03 à qui un chèque de cinq milliards de francs de l'époque a été remis par « Mokka » – pour solde de tout compte – dès la sortie des cinq vedettes de la rade de Cherbourg.
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En abrégé, voilà une des histoires vraiment emblématiques associée à la ville de Cherbourg où nous arrivons, mon épouse et moi, un soir d'octobre 2004, au cours d'un périple complet autour des frontières de l'hexagone, une minutieuse circonvolution géographique sur les petites routes blanches de la carte Michelin. Malgré notre retard, la réservation à l'hôtel Mercure nous est toujours attribuée. Chambre No 214. En pure logique, nous montons au 2ème étage. La numérotation des portes y commence par 101 et se termine par 118. Un niveau plus haut, voilà la 212. Devant de la suivante un individu très énervé s'escrime à tenter d'ouvrir une porte sans y parvenir. C'est la 214, la nôtre... Une nouvelle mouture de l'émission « Surprise sur prise04"? Une méprise plutôt. Je brandis ma clé avec son étiquette en la secouant légèrement.

— Puis-je vous aider ?


Le pseudo cambrioleur tourne la tête et se confond en excuses. Moi, je ne le confonds assurément pas avec un autre. Il s'agit d'un acteur de cinéma bien connu05 qui, je vais l'apprendre, est également metteur en scène en train d'achever le tournage de son troisième film06. La méprise de ce personnage est la même que la nôtre par le fait que la numérotation des chambres de cet hôtel ne se calque pas sur celui des étages comme à l'accoutumée. Quelle en est la raison ?
Une occasion de se pencher sur l'histoire de cet établissement construit en 1964 sur « la Grande jetée » en toute proximité de la fameuse gare maritime, aujourd'hui « Cité de la mer07 ». À l'origine, c'est la chaîne SOFITEL qui exploite l'hôtel de 93 chambres et le restaurant de 180 couverts qui offre une vue imprenable sur la rade de Cherbourg, en particulier sur le port de plaisance dont a pu jouir Salvador Dali en 1971. Quatre ans plus tard, réduit à 60 chambres, il accueille le couple Mitterrand-Pingeot et devient « Hôtel Mercure » en 1995., Il s'appellera « Hôtel Marine » en 2009 avec 24 chambres de plus, pour fermer définitivement en 2015 et voir sa démolition en 2019.

C'est ce bouleversement de 40 ans – à l'époque – qui nous est vendu – sans toutefois nous convaincre – comme motif de l'hétérodoxie cette numérotation. Sans vétiller plus avant face au malheureux réceptionniste, nous voilà en route pour un excellent repas.
Passé le fameux Pont tournant, quai Caligny nous marchons jusqu'au Café de Paris où nous attend une table retenue depuis plusieurs jours. Pommeau de Normandie, Soupe de poisson et aïoli, Plateau de fruits de mer, Profiteroles. Le bonheur sur terre…
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Souvent, comme chez Alexandre Dumas, des choses se passent « vingt ans après ».
Aussi, en 2024, à la faveur d'un reportage télévisé sur Cherbourg, me suis-je empressé de me documenter de manière détaillée sur « l'Affaire des vedettes », sortie de ma mémoire.
Deux détails me font sursauter. Le premier m'indique qu'au soir du 24 décembre 1969, l'amiral Mordechai Limon (« Mokka ») avait réuni son état-major 08 au Café de Paris pour le dernier briefing avant l'opération. Second détail : Afin de pouvoir être en toute proximité du quai d'où allaient partir les vedettes il venait à l'instant de réserver une chambre au SOFITEL… La chambre No 214.
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rquad.jpg   FOS © 21 octobre 2020

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NOTES
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[01]  Amiral Mordechai Limon  WIKIPÉDI  [ retour ]
[02]  Affaire des vedettes de Cherbourg  WIKIPÉDI  [ retour ]
[03]  Félix Amiot  WIKIPÉDI  [ retour ]
[04]  Surprise sur prise Emission de caméra cachée  WIKIPÉDI  [ retour ]
[05]  Richrd Berry  WIKIPÉDI  [ retour ]
[06]  La Boîte Noire  WIKIPÉDI  [ retour ]
[07]  La Cité de la mer  WIKIPÉDI  [ retour ]
[08]  Six personnes dont lui-même, Mordechai Limon, Victor Vichstein (son chauffeur), le commandant Moshe Tabak, Addar Sumchi, Ezra Cavish et l'ingénieur Félix Amiot en personne]]  [ retour ]

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