

Crainte superflue
Notes
Frédéric O. Sillig
Un homme est mort hier.
Je me souviens de son regard apeuré ce jour de novembre lorsqu'il croisa le mien. Au sortir de la boutique où il avait alors coutume d'acheter ses cigares, en vis-à-vis de mon atelier.
À priori, je ne représentais aucune menace tangible pour lui, mais il perçut sur-le-champ le lourd contenu de mon œil surpris de le voir à cet endroit, ajouté au poids de la mémoire que représentait son propre personnage …peut être aussi en liaison à certains de mes souvenirs personnels. Le pas s'est accéléré, une entrée d'immeuble a très vite absorbé ce chaland en poil de chameau après un virtuel coup de rétroviseur.

Quelques jours plus tard, flanqué de ma collaboratrice, je pénètre dans la même échoppe, celle qui aussi me délivre au quotidien mon poison personnel. C'est de dos que je vois mon fumeur de cigare occupé à régler son achat. J'ignore s'il me reconnaît lorsqu'il se retourne pour partir. Je lui tends la main en lui expliquant mon relatif lien de parenté avec l'un des ses pires ennemis. En quelques mots courtois, brefs et rassurants lui sont exposées mes vues personnelles sur les événements qui ont marqué sa vie. Ce qui me vaut, au gré de nos quelques croisements à venir, sourire et signe de la main.
De retour dans la rue, au contraire de son habitude, ma jeune collaboratrice est très curieuse.
— Qui c'est ce type ?
Je lui explique qu'il s'agit du premier Président de la République algérienne démocratique et populaire01, aujourd'hui en exil.

FOS © 12 avril 2012

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